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Michel Slomka

Journal du confinement (titre provisoire, on verra bien demain...)

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Les mesures de confinement de la population française pour faire face à l'épidémie du COVID-19 (coronavirus) sont inédites. Mettant en place la "distanciation sociale", elles ont pour but de limiter drastiquement les contacts entre individus et de rompre ainsi la chaîne de transmission du virus. En quelques jours seulement, les habitants d'une mégalopole doivent apprendre à vivre reclus chez eux, ne pouvant sortir que pour des impératifs de ravitaillement, d'aide à un proche malade ou pour quelques minutes d'exercice en plein air. C'est le début d'une vie ralentie où chaque sortie est un précieux moment.
"La petite fenêtre promise par les courses et la brève promenade dans le quartier est déjà, après 48h, un espace-temps à part. L'air a une autre épaisseur, plus transparente, qui porte mieux le chant des oiseaux autrefois couverts par la circulation (et pour ceux qui vivent près d'un hôpital, comme c'est mon cas, il porte aussi mieux le bruit des sirènes...). Les gens semblent se déplacer dans un espace devenu plus fluide, élargi du fait d'être dépeuplé, et leurs mouvements sont empreints d'une lenteur inhabituelle pour la ville. Personne ne court plus nulle part, ni au travail ni à l'école, il n'y a plus besoin de se presser - au contraire, il s'agit de se couler dans un temps ralenti et souple, de se baigner dans les minutes et leur clarté retrouvée. On voit partout, ici et là, dans des rues globalement vides, des gens seuls et immobiles, profitant du temps, de la lumière ou de dieu sait quoi... Un homme partage son repas et sa conversation avec des pigeons, un autre s'est arrêté au niveau de l'écluse pour fumer une cigarette allongé à même le sol, une jeune femme regarde couler l'eau paresseuse du canal. De retour dans ma rue, j'ai croisé quelqu'un qui semblait parler au soleil ou se parler à lui-même. Comme eux je suis rentré chez moi, tout doucement, dans la vie ralentie."