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Michel Slomka

Mémoire de l'abîme. Portrait d'un rescapé de Srebrenica

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« On m'a donnĂ© seize prisonniers pour les remettre Ă  la division et je n'en ai amenĂ© que deux seulement. Les autres ont Ă©tĂ© mangĂ©s par les tĂ©nèbres, massacrĂ©s par moi. Â»
Lettre de Nico Théophilatos, officier de l?armée grecque, deuxième guerre balkanique, 11 juillet 1913.
 
Nedzad avait seize ans quand la « zone de sĂ»retĂ© Â» de Srebrenica est tombĂ©e entre les mains de l'armĂ©e serbe, le 11 juillet 1995. Avec les 13.000 hommes prĂ©sents dans l'enclave, il dĂ©cide de fuir Ă  travers les collines et les forĂŞts dans l'espoir de gagner le territoire bosniaque, Ă  50 km de lĂ . Mais après deux jours de fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e, pilonnĂ©s par l'artillerie serbe et affamĂ©s, des milliers de civils prĂ©fèrent se rendre. Nedzad est parmi eux. Avec des milliers d'autres prisonniers, il est retenu dans des camions bâchĂ©s, sans eau malgrĂ© la fournaise de l'Ă©tĂ©. Après deux jours, les camions arrivent dans une Ă©cole primaire. Les hommes sont entassĂ©s dans les classes. Ils boivent leur urine pour ne pas mourir de soif. La nuit venue, les Serbes les font remonter dans les camions. Leur destination est un barrage tout proche de lĂ . En arrivant sur place, Nedzad comprend le sort qui leur est rĂ©servĂ©. Des centaines de corps jonchent le sol. Les soldats les font sortir et s'allonger avant de les fusiller. La fusillade dure le temps de vider tous les camions, puis les soldats repartent. Nedzad est touchĂ© au flanc et au pied, mais il n'est pas mort. Il rampe sur les corps, aide un autre miraculĂ© Ă  se dĂ©faire de ses liens. Pendant quatre jours, ils fuiront Ă  travers les bois, se cachant dans les ruines et les cimetières, avant d'atteindre le territoire bosniaque.
Aujourd'hui, Nedzad a 36 ans. Il est marié et père de deux petites filles. En 2007, après des années d'exil, refusant de s'installer à l'étranger, il a décidé de revenir vivre à Srebrenica. Il ne pouvait s'imaginer vivre loin de cette terre où reposent tous ses proches. Et malgré les difficultés du quotidien, il croit en un avenir meilleur pour lui et sa famille.