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Maya Paules

DIEMOCRATIE

DIEMOCRATIE

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Diemocratie est une serie realisee lors des revoltes sociales qui ont agite le pays depuis decembre 2018. Chaque samedi, j ai photographie les manifestations des Gilets Jaunes, des Gilets Noirs, les marches et les occupations de ceux qui s organisent pour une justice sociale, ecologique et migratoire. Alors que beaucoup d images sont produites pour documenter cette insurrection en marche, je refuse toute position d extériorité. La présente série s organise au contraire comme un journal des émotions qui me traversent lors de ces moments collectifs. L ensemble des figures, des postures et des scènes  même lorsqu elles sont isolées s inscrivent toujours dans quelque chose qui les dépasse : un collectif en train de se faire, dans la relation, dans l opposition. Mes photographies font écho à mes angoisses, à mes peurs reptiliennes, mais aussi et surtout à ma rage de témoigner. J'ai saisi un monde de l'intérieur, à travers ses affects, et mes images fonctionnent comme un miroir à la fois intime et commun. C'est une colère sourde qui s'élève, une rumeur de fin d'un monde: je souhaite que mes photographies attestent de ce point de bascule historique qui a pris acte dans nos vies et qui s'incarne dans la rue.

ASTUCE
Ne tremble plus le matin 
ce n'est même plus le siècle qui nous étouffe aux premières lueurs
on s en occupe très bien nous-mêmes, 
c'est là, la véritable enquête qui reste à faire
pourquoi 
est-ce le matin 
qu'on s effondre si facilement 
Des arbres vides griffent les immeubles où sont tapis plein de gens malheureux
et seuls 
Devant la journée qui vient
à nos fenêtres ce matin 
on décèle deux corbeaux
(sur une rambarde )
ils prennent soin l?un de l?autre
Ça ne suffit pas
Qui va écrire le journal de la révolution 
Qui fera une série sur la matraque et la manif 
Et comment s y prendra-t-il s y prendra-t-elle 
Ne tremble plus le matin 
Point d interrogation
Il y aura bien quelqu un pour dire
Tout ça
Pour reprendre les slogans pour exploser des abribus 
dans le texte
ou faire des vers entiers avec la matricule des brutes
se féliciter du pouvoir des mots 
de l excitation d un journal qui tousse qui crache
qui pleure
Ou alors 
uniquement en argot en mots simples et vulgaires
Un texte en doigt d honneur
Un cri la putain de sa race 
arrrh
« Ne courez pas ! »
cri fracassé de perdants
debout fiers
déboussolés
à qui on fera payer le soleil au guichet d une banque
malade
Ou alors tout doux
il y aura bien quelqu un dans une ville
qui nous expliquera que la révolution est intérieure
que je c est nous
qu il y a du sens à se lier à la terre aux autres 
Doctement quelqu un dira qu il faut se lier à ici
A demain à maintenant au monde à redessiner 
On en aura des mystiques
Il y aura sans doute quelqu un 
un mystique ou une violente
Pour dire tout ça
Pour dire j en suis
Un bataillon de virgules, nous ne sommes pas seuls
Et pour le dire en retard 
Prophète de l effondrement
A
Ceux qui disent que la poésie est politique
A
Ceux qui disent qu elle est bourgeoise
A
Ceux qui disent qu elle est la solution
A
Ceux qui disent qu elle ne sert à rien
Je demande votre secret contre l angoisse des premières lueurs
du petit feu en barricade dans nos mains qui s épuisent
Je prends ma douche dehors avec du froid
du rien 
du tout
j attends vos paroles alors
et j espère que l un d entre vous dépassera le plus beau vers 
de toute la poésie du monde 
Pour information
Issa vit le monde et conclut sa vie de misère :
« Oui, 
sans doute 
et pourtant »
[PG]

While many images are produced to document this ongoing insurrection, I refuse any position of exteriority. Instead, this series is organized as a diary of the emotions I experience during these collective moments. All of the figures, postures and scenes - even when isolated - are always part of something that is beyond them: a collective being made, in relationship, in opposition. My photographs echo my anxieties, my reptilian fears, but also and above all my rage to bear witness. I have captured a world from within, through its affects, and my images function as a mirror that is both intimate and common. It is a deaf anger that rises, a rumour of the end of a world: I wish that my photographs attest to this historical tipping point that has taken note in our lives and that is embodied in the street.