Wilfrid Estève

Les héros ont la vie courte (2017)

Les héros ont la vie courte

Réalisateur : Wilfrid Estève, Compositeur : Alice Guerlot-Kourouklis, Photographe : Wilfrid Estève

Petite Oeuvre Multimédia produite en mars 2017.

Sélectionnée dans la programmation du festival Fictions documentaires (avril 2017), du salon What's Up Photo Doc (mai 2017) et dans la collection de la Bibliothèque Nationale de France (décembre 2017).

Les héros ont la vie courte.

1er juillet 2007, Fersen 6 ans et Eva 4 ans, quittent Paris pour vivre à 900 km. La distance qui nous sépare désormais est à la hauteur du lien qui nous lie. Leur mère a toujours beaucoup voyagé, jusque là cela renforçait la relation que j'entretenais avec mes enfants, mais cette fois son départ nous sépare.

Un projet a alors pris corps. Leur enfance s'entremêlait au souvenir de la mienne et cette séparation, à la mort accidentelle de mon père lorsque j'avais 10 ans. J'ai photographié ce que je ne saurais exprimer autrement, des noeuds qui parfois étranglent ou enlacent. Restituer cette nouvelle relation a permis un lâcher prise et l'empreinte photographique qui se centrait sur ma vie en leur absence m'a permis de rendre visibles certains aspects jusque-là considérés comme relevant de l'intimité. Ce projet a rassemblé plusieurs médias. Au-delà de la photographie, réalisée avec différents appareils et formats, il associe aussi des dessins, des textes, des correspondances ainsi que la réalisation d'un carnet. Il donnera lieu à la réalisation d’un court-métrage photographique, d’une exposition et d’un livre. Son titre est une métaphore, mes enfants n'ont pas eu le temps de tuer le père, le héros a eu la vie trop courte.

Le temps a passé sur cette série, débuté il y a 9 ans. Son interprétation constitue un roman familial et une aventure individuelle faite de souvenirs personnels mais aussi de photographies de proches. Au fur et à mesure de sa réalisation, la série est passée, comme moi, par plusieurs stades : au début elle certifiait d'un contexte, authentifiait des blessures, ratifiait des cicatrices, puis à partir de 2013 je n'ai plus photographié « pour l’autre », mais « pour moi ».

Le père n'étant jamais tel qu’on l’imagine, il est condamné à être imparfait et faillible. Cette série révèle peut-être qu'il n’y a que des pères, sujets d'histoires singulières qui, juxtaposées, finissent par dessiner une réalité plus subtile : le père est toujours une mosaïque d'images mêlant réel et imaginaire.
Wilfrid Estève