Wilfrid Estève

Les héros ont la vie courte (2017)

Les héros ont la vie courte

Réalisateur : Wilfrid Estève, Compositeur : Alice Guerlot-Kourouklis, Photographe : Wilfrid Estève

Petite Oeuvre Multimédia produite en mars 2017. Sélectionnée dans la programmation du festival International de la photographie In Cadaquès en septembre 2018, du festival Fictions documentaires à Carcassonne en avril 2017, de la foire internationale de photographie documentaire Photo Doc à Paris en mai 2017 et dans la collection de la Bibliothèque Nationale de France en décembre 2017.

"Les héros ont la vie courte"

1er juillet 2007, Fersen 6 ans et Eva 4 ans, quittent Paris pour vivre à 900 km. La distance qui nous sépare désormais est à la hauteur du lien qui nous lie. Leur mère a toujours beaucoup voyagé, jusque là cela renforçait la relation que j'entretenais avec mes enfants, mais cette fois son départ nous sépare.

Un projet a alors pris corps. Leur enfance s'entremêlait au souvenir de la mienne et cette séparation, à la mort accidentelle de mon père lorsque j'avais 10 ans. J'ai photographié ce que je ne saurais exprimer autrement, des noeuds qui parfois étranglent ou enlacent. Restituer cette nouvelle relation a permis un lâcher prise et l'empreinte photographique qui se centrait sur ma vie en leur absence m'a permis de rendre visibles certains aspects jusque-là considérés comme relevant de l'intimité. Ce projet a rassemblé plusieurs médias. Au-delà de la photographie, réalisée avec différents appareils et formats, il associe aussi des dessins, des textes, des correspondances ainsi que la réalisation d'un carnet. Il donnera lieu à la réalisation d'un court-métrage photographique et d'une exposition. Son titre est une métaphore, mes enfants n'ont pas eu le temps de tuer le père, le héros a eu la vie trop courte.

Le temps a passé sur cette série, débuté il y a 9 ans. Son interprétation constitue un roman familial et une aventure individuelle faite de souvenirs personnels mais aussi de photographies de proches. Au fur et à mesure de sa réalisation, la série est passée, comme moi, par plusieurs stades : au début elle certifiait d'un contexte, authentifiait des blessures, ratifiait des cicatrices, puis à partir de 2013 je n'ai plus photographié « pour l'autre », mais « pour moi ».

Le père n'étant jamais tel qu'on l'imagine, il est condamné à être imparfait et faillible. Cette série révèle peut-être qu'il n'y a que des pères, sujets d'histoires singulières qui, juxtaposées, finissent par dessiner une réalité plus subtile : le père est toujours une mosaïque d'images mêlant réel et imaginaire.

Wilfrid Estève