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Matthieu Marre

L'oublié

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Roman photo d'une intimitĂ© fictive. Il me semble avoir cherchĂ© Ă  saisir au fil de L'oubliĂ© l'angoisse de perdre quelque chose car rien ne dure, ainsi qu'une forme de plaisir indicible, peut-ĂŞtre une forme de bonheur, de plĂ©nitude simple, de plaisir. Peut-ĂŞtre s'agissait-il de ressusciter un âge d'or ou un paradis perdu. Je dis "fiction" car une photographie Ă©chappe d'emblĂ©e au souvenir et Ă  soi.
"Si je l'avais photographiĂ©e immĂ©diatement, et si la photo s'Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ©e "bonne" (c'est-Ă -dire fidèle au souvenir de l'Ă©motion), elle m'appartiendrait, mais l'acte photographique aurait oblitĂ©rĂ©, justement, tout souvenir de l'Ă©motion, car la photographie est une pratique englobeuse et oublieuse, tandis que l'Ă©criture, qu'elle ne peut que bloquer, est une pratique mĂ©lancolique, et la vision m'aurait Ă©tĂ© "retournĂ©e" sous forme de photographie, comme un objet Ă©garĂ© qui pourrait porter mon nom, que je pourrais m'attribuer mais qui resterait Ă  jamais Ă©tranger (comme l'objet, autrefois intime, d'un amnĂ©sique) ?"
(Hervé Guibert, L'image parfaite in L'image fantôme, Editions de Minuit, Paris, 1981)

"If I had photographed it at once, and if the picture had turned out "well" (that is, faithful to my memory of my emotion), it would have become mine. But the act of photographing it would have obliterated all memory of the emotion, for photography envelops things and causes forgetfulness, whereas writing, which it can only hinder, is a melancholy act, and the image would have been "returned" to me as a photograph, as an estranged object that would bear my name and that I could take credit for, but that would always remain foreign to me (like a once familiar object, to an amnesiac)."
(Hervé Guibert, The Perfect Image in Ghost Image, Sun and Moon Press, Los Angeles, 1996)