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Mathieu Génon

Les migrants du foot

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Bienvenue ! On a deux heures d'entraînement intensif devant nous, je veux que tout le monde reste concentré sur son boulot. » Le rituel de la prière et du discours à peine terminé, un coup de sif et donne le départ de l'entraînement sur un terrain du complexe Auguste-Delaune, à Saint-Denis, à quelques rues du Stade de France. Quelques minutes seulement viennent de s'écouler, et le coach Kampos, regard autoritaire et barbe longue, annonce déjà la couleur : « Qu'est-ce que tu fais ? On n'est pas dans une école de foot ! », s'énerve-t-il contre un des joueurs. Kampos, de son vrai nom Bilog Junior, a fondé la Saint-Denis Academy, une association de réinsertion pour apprentis footballeurs, en 2005. Face à lui, une quarantaine de jeunes l'écoutent religieusement, maillot bleu et blanc sur le dos portant l'inscription « Kampos family ». Ici les joueurs viennent de la région parisienne mais aussi du Sénégal, de Côte d'Ivoire, du Cameroun, du Cap-Vert. Leur point commun : ils ont pour la plupart quitté l'Afrique pour tenter une carrière professionnelle en Europe. Mais une fois arrivés sur le continent, pour beaucoup c'est la désillusion : agents véreux ou manipulateurs, rupture de contrat, blessure, licenciement de leur école de football... L'association, unique en son genre, les aide à se relancer, pour intégrer un club ou un nouveau centre de formation. Une deuxième chance pour ces jeunes espoirs aux rêves malmenés. Chaque midi, été comme hiver, ils sont plusieurs dizaines à venir de toute l'Île-de-France pour s'entraîner : Paris, Argenteuil, dans le Val-d'Oise, Poissy, dans les Yvelines et jusqu'à Creil, dans l'Oise. Mais pas de quoi décourager les apprentis pour autant. « Ça va, ça passe ! », s'exclame Abdoul Bandaogo, une nouvelle recrue arrivée il y a quatre mois dans l'équipe, qui met presqu'une heure pour venir tous les jours depuis Colombes, dans les Hauts-de-Seine.