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Lionel Fourneaux

C'était écrit

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Les métamorphoses de l'archive : l'intimité du quotidien


La série C'était écrit de Lionel Fourneaux est par certains aspects une sorte de parenthèse dans son travail, par d'autres, elle y occupe une place très nécessaire. Si, depuis longtemps, toute son oeuvre tourne autour de l'archi-mystère photographique qu'on peut formuler ainsi : comment toutes les choses photographiables du monde peuvent-elles tenir dans/sur l'extrême minceur des supports photographiques ? Comment y sont- elles retenues ? Ou, pour le dire encore autrement, comment se constitue l'espace secret où elles prennent tout à coup leur profondeur et leur séduction d'image ? Et si ces questions conduisent Lionel Fourneaux à des questionnements sur toutes les modalités, toutes les transformations et tous les supports de mémoire, soit pour les explorer, soit pour les excéder, il était inévitable qu'il s'en prenne un jour à cet objet très singulier qu¹est un quotidien. Avec lui, tous les jours, on achète la mémoire du jour : l'actualité comme on dit, c'est-à-dire, ce qu'il faudra retenir (ou oublier) demain de ce qui s'est passé hier. Tous les jours, est présent sur le papier ce qui s'est passé (ah ! le mystère du passé composé et du pronominal) hier. L'être des choses, dans le quotidien, est là parce qu'il est passé et qu'il y a été écrit.
Exactement comme l'image dans une image photographique.
Mais a-t-on bien pesé ce qu'il advient de ce qui était écrit dans le journal, de ce qu'il en reste en nous (individuellement, collectivement), de ce qui s'y archive ? Lionel Fourneaux, prend cette question à bras le corps : trempe le journal assez longtemps pour quasiment le ramener à son état antérieur de pâte à papier, puis le ré-étale avec ce qui était écrit dessus et qui y est maintenant incorporé. L'écrit est devenu au passage une matière première. Vous voyez le résultat. Pourquoi se met-on à penser à une gravure à l'eau-forte, un vieux Dürer, par exemple ? Toute cette dispersion aléatoire de ce qui était écrit, la veille à peine, nouée à la matière du support, nous ramène donc à une vieille et mélancolique technique de reproduction ? N'est-ce pas cela que cette série indique : l'espace de l'image, n'est-ce pas ce rappel à du très ancien qui remonte d'un magma de mémoire : finalement, n?est-ce pas cela, la réelle intimité du quotidien ?

Bernard Cier, philosophe et écrivain