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Lionel Fourneaux

A hauteur d'homme

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Dans le cadre de l'opération de rénovation urbaine et architecturale du quartier Schloesing à Marseille, non loin du Vélodrome, la Société Nationale Immobilière m'a confié le suivi photographique de la construction de l'ensemble de logements "Les rives de l'Huveaune" d'après les plans de l'atelier d'architecture Bouillaud & Donnadieu.
Depuis fin 2013 - les immeubles existants et leur démolition - jusqu'au début 2016, date de la réception de la résidence, je suis allé faire des images de cette étrange chorégraphie. Les premiers temps, pendant le gros oeuvre, le chantier à ciel ouvert déploie une cartographie lisible, mais la fourmilière se complique ensuite lorsque tous les corps d'état travaillent de façon disséminée dans l'édifice. Lorsque l'espace s'y prête, les performances optiques de nos appareils nous autorisent des prises de vue à distance, à la manière des entomologistes qui observent des insectes dans leurs interactions avec l'homme et qui les épinglent parfois en d'étranges collections de spécimens. Sans contester cette posture qui fut aussi la mienne par moments durant ces deux années passées ensemble, j'ai choisi une autre distance, celle que je nommerais celle de la poignée de mains ! Quitte à trébucher sur les ferraillages, mordre la poussière ou glisser dans les flaques de boue... Être au plus près !  Respect !
Un chantier, c'est un carrousel bruyant, haut en couleurs, cris adressés au ciel vers le Dieu grutier qui tourne sa flèche avec une précision chirurgicale, alphabet des gestes quand la parole s'épuise dans le tohubohu, langues aux accents d'ailleurs qui se répondent, énervements sans lendemain, rires, visages creusés de soleil, nous sommes dans le sud à Marseille...
Les images sont silencieuses, tiennent cette vie hors cadre, elles instaurent un moment de repos dans le tintamarre du monde. Eternisent le temps dans une visibilité des corps au travail dont les gestes maîtrisés s'enchaînent tout en se réinventant parce que rien ne se répète jamais à l'identique, ces gestes dont certains semblent aujourd'hui sortir tout droit des temps les plus anciens. Ces acrobates savent si bien « penser avec les mains » ! C'est cet aspect de mon suivi photographique que j'ai choisi de privilégier dans cette sélection d'images, ces acteurs de l'ombre qui ont édifié ces parois et puis ce toit dans une armature innervée qui permettra à d'autres de s'abriter. Hommes à qui je souhaite rendre hommage, ils ont depuis longtemps vidé les lieux pour que d'autres viennent y habiter. Une leçon de modestie, quelle leçon ! 
LF


Deltoïde
Ah, la forme parfaite
Luisante sous la sueur
Cachant le secret de l'acromion
Douce

Et mon regard qui va caressant.   
Béatrice Bonnafous