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Lionel Fourneaux

Closer

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Je n'ai jamais aimé le maniement des longues focales, lourdes, encombrantes et peu discrètes. Pourtant un ami photographe s'est défait d'une partie de son matériel au commencement de l'été 2017, je me suis ainsi procuré un appareil léger mais au zoom puissant pour un prix dérisoire. Et me suis pris au jeu ! Il est vrai que le spectacle quotidien des plages marseillaises en été ne laissait pas de me fasciner, pas plus loin qu'en bas de chez moi.
Pour mieux avancer à couvert vers la plage estivale où déferlent en vagues successives les foules héliotropes ! La plage est un espace paradoxal, comme hors du temps et des usages, où s'abolissent les interdits qui règlent la vie en société : on s'y promène à moitié nu, on s'allonge dévêtu à côté d'inconnus, les corps s'affichent en toute liberté, se montrent et se donnent à voir tout ensemble.
En postures travaillées, avachies ou conquérantes, chacun s'avance vers ce moment d'un bien-être attendu à la lisière du sable et de l'eau. Assis, un livre à la main, debout face au large, recroquevillé, enterré parfois dans le sable, à plat ventre, écartelé, alangui, exposé ! Parfois les corps s'entremêlent, se jettent bruyamment à l'eau ou s'adonnent à une activité physique intense. Sea, sand, sun et plus si affinités !
Comment se retenir alors de vouloir saisir cette délicieuse comédie humaine, le spectacle de ceux que j'appelle mes tellement semblables. S'il y a effraction, elle est infiniment respectueuse. 

Je me souviens tout à coup de mes étés d'adolescent où nous nous allongions sur le sable à dix ou quinze avec nos visages réunis au centre d'une étoile myriapode faite de nos pieds nus. Depuis la jetée, quelqu'un parfois nous regardait, nous n'en avions cure !