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Lionel Fourneaux

La mort dans l'âme 2000

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Dans ce qui m'occupait alors depuis quelques années - la lecture, collecte et le recyclage de ce trop d'images déversé à l'envi et jusqu'à l'aveuglement par les média - je ne pouvais épargner certains moments de mon travail dont les épreuves ne dérangeaient pourtant personne, à l'ombre, dans leur boîte. Dans l'attente peut-être d'une opportunité, une occasion de voir le jour. Mais pas telles quelles, reprises dans le jeu du déplacement qui en modifie à la fois la destination et le sens. Mises à l'épreuve !
Ainsi, la pièce La mort dans l'âme (2000) repose sur une manipulation non plus optique (Peau de chagrin, Chambre close...), mais physique d'un film issu d'une séance de portrait ancienne. C'est la surface/matière même du support photographique (le négatif) qui est attaquée ici, avec une violence ravie, par la main et le papier de verre. Il a fallu à ce moment là que cette main griffe avec une sorte de hargne la respectable pellicule. Ah, la spontanéité et l'inexplicable du geste ! Le grain de sable. Contre le processus de la machine photographique dont on sait qu'il est asservi, conçu pour produire efficacement des images lisses, ressemblantes. Contre la mollesse qui nous guette, nous gagne. Contre et pour l'image photographique, ce si peu de matière qui sait si bien nous leurrer. Pour une mise au point réglée maintenant au plus près, sur la cicatrice inscrite. A même la peau, à même la photographie, stigmatisée, désignée.
Le geste aurait pu être accompli la mort dans l'âme, s'il ne m'avait pas procuré l'intense sentiment d'une émancipation.