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Jonathan Fontaine

LES WICHIS - VICTIMES OUBLIÉES DU SOJA

THE WICHI - VICTIMS OF SOY PLANTATIONS

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Dans le Nord de l'Argentine, s'étend l'impénétrable forêt du Gran Chaco, deuxième plus grand espace boisé du continent après l'Amazonie. Elle abrite plusieurs communautés aborigènes dont l'une des plus grandes, les Wichi. En 1996 le gouvernement autorise l'introduction du soja génétiquement modifié et commence la destruction d'un quart du Gran Chaco et de l'environnement naturel du peuple Wichi. L'impact humanitaire et environnemental causé par 20 ans de déforestation pour une monoculture intensive du soja a pratiquement détruit le mode de vie des Wichis. 

En 20 ans de déforestation, l'environnement de plus de 40 000 Wichis et d'autres minorités aborigènes s'est complètement métamorphosé.  Le gouvernement à vendu leurs terres à des compagnies spécialisées dans la monoculture du soja tout en chassant les wichis dans des zones définies. Les Wichis ont un mode de vie  profondément lié à la nature. En tant que chasseurs cueilleurs, la forêt à toujours été source de nourriture, de plantes médicinales, et de bois pour le village. De nos jours une grande partie de la vie animale a disparu, beaucoup de plantes sont devenues introuvables et il est devenu illégal de pénétrer sur beaucoup de territoires aujourd'hui privés. Ainsi les Wichis ont complètement perdu leur liberté, leur autosuffisance et donc leur indépendance. Ne pouvant plus chasser, ils dépendent actuellement d'aides sociales du gouvernement et de nourriture distribuée au compte goutte par les municipalités souvent à des fins politique. Leurs conditions de vie se sont profondément dégradées entre le contact agressif de la société moderne et l'introduction d'une nourriture plus grasse. Mais l'impact le plus violent sur la santé réside dans l'utilisation des pesticides nécessaires pour la production de soja comme le Roundup, produit par la compagnie américaine Monsanto. Le Roundup est déversé par avion sur les monocultures, touchant toutes les communautés environnantes.

Même si certains Wichis tentent de trouver du travail dans les villes voisines, une discrimination très forte s'est installée envers les communautés natives. La méconnaissance culturelle  et une très mauvaise politique d'intégration ont déconnecté les argentins du peuple Wichi. Dans la ville de Tartagal, les Wichis apparaissent comme une population pauvre et ignoré par les citadins. Certaines femmes viennent vendre leurs créations artisanales mais à des prix bien trop bas. Pour seulement 1 euro, elles vendent leurs sacs et objets faits à la main et qui ont demandé plusieurs jours de travail. La déforestation ayant presque fait disparaître la plante utilisée pour l'artisanat Wichi, les femmes sont obligées d'acheter la matière première pour travailler, rendant la commercialisation encore plus précaire. Certains hommes plus âgés des villages vont parfois chasser ou chercher des plantes nécessaires mais doivent franchir des territoires interdits et privatisés par de nouveaux propriétaires, ce qui provoque parfois des altercations. Même les enfants doivent marcher des kilomètres en franchissant des barbelés et terres interdites pour aller à l'école. Les enseignants argentins eux, sont très souvent absents, la pluie rendant l'accès impossible en voiture. Avec une éducation défavorable pour les Wichi, la lutte contre le gouvernement et la déforestation du Gran Chaco reste très difficile, seule une minorité d'ONG et d'argentins essaient de les aider. 
L'Europe a importé 27,8 millions de tonnes de soja d'Amérique latine en 2016.
Par son développement de la monoculture intensive, l'Argentine s'est rendue dépendante du soja qui représente près de 31% de l'exportation du pays. Le soja se dirige ensuite vers la Russie, le Moyen Orient, l'Australie, l'Asie mais c'est en Europe que cette exportation est la plus forte avec 9.8m de tonnes soit un tiers de l'importation en Europe (27.8m). Au sein de l'UE, la France est la cinquième destination en importance pour les importations de soja latino-américain, après les Pays-Bas et l'Espagne . Une fois arrivé en France, ce soja est acheté, soit par des professionnels de l'alimentation animale soit directement par les éleveurs pour nourrir le bétail destiné à la production de viande ou de produits laitiers. Ces denrées sont ensuite vendues aux supermarchés et aux restaurants et enfin achetées par les consommateurs.
Le futur de la forêt et des Wichi reste très incertain, les produits chimiques déversés pendant 20 ans ont endommagé les sols et les nouvelles générations Wichi ont, pour beaucoup, perdu leurs traditions et parfois même leur langue.  
 

In more than 20 years of deforestation, the world of 40 000 Wichis and other native minorities have completely changed. The government sold their lands to soy companies and relocated them in different areas. The Wichi are people of the forest, they used to live in harmony with their environment, as hunter-gatherers, they have historically depended on the forest for food, medicine, or wood to build their houses, and were completely self sufficient. They used the plants for medicine or to make crafts. But now the animals are gone, the plants, the rivers disappeared. Slowly the Wichis lost their freedom by depending on social help from the government. They live now in a difficult condition between two worlds. The government give them a plastic bag  monthly with food, introducing new type of products, changing their way to cook especially with oil. The health conditions completely changed in 20 years with a lot of heart diseases, cholesterol and cancer. But one of the main causes is the chemicals and pesticides used and dropped by planes on the the soy plantation and spreading all over the communities. 
 
Now some of the Wichi try to find a job in the nearest city but the discrimination of natives  is strong amongst argentinians. The cultural gap between them is huge and the need of the Wichi make them very vulnerable. So the only activities left are the craft making by the women, but for days of work they sale it in town for nothing. Some older Wichi still try to hunt or find plants  but they have to cross illegal lands that used to be a forest. If the children want to go to school they must walk several kilometers crossing private fields though if the rain comes, the teachers from the cities will not come because of impossible acces. 
Soy plantation is part of a larger scale, once harvested. The small creamy beans are crushed. The extracted oil is mainly used for fuel, while the remaining meal  (the protein) is used for animal feed. Only a small percentage is turned into human food products such as soy milk. Around 43m tonnes of soya bean meal, soya oil and soya bean a year floods out of Argentina into Russia, the Middle East, Australia and Asia, with the largest part going to Europe and Europe's farms.
Argentina is Europe's largest single supplier of soya bean meal, providing more than a third of total European soya meal imports, 9,8m tonnes out of a total 27.1m in 2016. Now Argentina relies on soya bean exportation. Combined, soya bean, soya meal and soya oil make up 31% of the country's exports.
The future for the Wichi and the forest is now very uncertain as the chemicals have damaged the soil for replantation and the new generations of the Wichi are losing  most of their traditions including the language.