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Hugo Clarence Janody

Une friche et des hommes

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De ma fenêtre je vois un mur, de l'autre côté il y a la friche Saint-Sauveur, un epsace de 23 hectares sur laquelle était située l'ancienne gare de marchandises fermée en 2003. Située au coeur de Lille, elle est depuis de nombreuses années au coeur d'un débat houleux. Certains voudraient qu'elle devienne un espace à tous et pour tous. Ils l'ont d'ailleurs érigée en ZAP (zone à protéger). D'autres voudraient qu'elle devienne « un nouveau quartier durable, socialement mixte et attractif, répondant à une demande persistante de logements tout en préservant l'environnement », du moins c'est ce qui est écrit sur le papier.

De ma fenêtre, je vois surtout que depuis le début du confinement, la friche est animée. Au milieu des gravas et de la végétation, j'aperçois des hommes.

Du côté de la rue de Cambrai, un trou a été percé dans une bréche a été ouverte pour acheminer des vivres et du matériel.

Ici, plus d'une trentaine de sans-papiers et sans-abris dorment, vivent ou survivent tant bien que mal, sans eau ni électricité, avec beaucoup d'imagination, de débrouille et l'aide de plusieurs voisins et associations. Tous ne défendent pas les mêmes causes et n'ont pas la même vision du lieu. Cependant, les circonstances exceptionnelles du confinement les amènent à se rencontrer et à essayer de travailler ensemble.

De l'autre côté de la ligne de métro, frontière imaginaire, quelques consommateurs de drogue dur avaient trouvé refuge dans un cabanon qui a pris feu dans des circonstances troubles. Un nouvel abris a été aménagé pour eux afin de les tenir à distance du camp principal, ce qui n'est pas toujours évident. C'est également de ce côté que certains viennent entretenir de petits jardins collectifs, se détendre, promener les chiens, ou bien se retrouver sur le belvédère qui domine Lille et offre une vue imprenable sur l'Institut Pasteur. Certains sont des habitués, parfois des militants, d'autres découvrent le lieu du fait de la fermeture des parcs liée à la pandémie.

Nul ne sait ce que la friche deviendra. Cependant, à l'heure où les citadins découvrent ce qu'est une ville sans parc là où il y en a déjà peu (12,03 m 2 d'espace vert par habitant à Lille), dans un contexte d'urgence sanitaire, sociale et climatique nécessitant de repenser notre urbanisme, ce lieu interroge.