1 / 30
slider (30)contact planche (30)fullscreen (30)

 

Hugo Clarence Janody

Arménie, une identité fragile ?

Armenia, a fragile identity ?

→  commander un tirage papier
EN | FR

« [ ...] la fragilité de l'identité consiste dans la fragilité de ces réponses en quoi, prétendant donner la recette de l'identité proclamée et réclamée ».

Paul Ricoeur, La mémoire, l'histoire, l'oubli. Paris, Le Seuil, 2000, p. 98-99.



Ancienne  république socialiste soviétique située dans le petit Caucase, entre la Turquie, la Géorgie l'Iran et l'Azerbaïdjan, pays avec lequel elle est en conflit ouvert depuis 1988,  l'Arménie compte  environ trois millions d'habitants pour une superficie d'un peu moins de 30 000 km2. Elle a connu en 2018 un changement politique majeure puisque une révolution de velours s'y est déroulée. L'histoire du peuple arménien est également marquée par le génocide de 1915 perpétré par les Jeunes-Turcs qui causa la mort de plus d'un 1 200 000 personnes et en poussa de nombreuses autres à l'exile.

Petit fils d'immigrés arméniens, avec pour seul bagage culturel une connaissance approximative de l'histoire de ma famille et de quelques plats traditionnels, je décide en 2017 de me rendre dans ce pays en compagnie de ma mère et de le photographier en me posant cette simple question : que signifie être arménien ?

Est-ce partager les réminiscences d'un événement traumatique ? Célébrer une culture qui perdure ? S'attacher à une terre promise ? Se projeter un territoire imaginaire et disloqué ? Construire un antagonisme : turc, azéri, ou musulman ? Avoir peur que l'histoire se répète ? Résister face à une menace réelle ? Éprouver de la nostalgie pour une époque ou bien un système ? Et j'en passe.

Les photographies qui composent ce travail liminaire ne répondent pas à ce questionnement lacunaire mais posent les jalons d'un travail à la fois documentaire et introspectif. Elles sont les traces d'un cheminement laborieux à travers ce pays au passé encombrant et au futur incertain.

In 2017, I went to Armenia with my mother whose Armenian parents left the Ottoman Empire during the 1915 genocide. Documenting this journey, the following question was raised: what does it mean to be Armenian?

Is it to share the reminiscences left by a traumatic event? Is it to celebrate a persistent culture? Is it to be attached to a promised land? Is it the projection of a dislocated territory? Is it to construct an antagonism: Turkish, Azerbaijani, Muslim? Is it to fear an historical repetition? Is it to resist to a real threat? Is it to feel nostalgia for a time or system?

I don't pretend to answer those loose questions, and there are many more to be asked. The photographs composing this preliminary work are traces of a laborious inquiry, through this Republic of Caucasus dragging the burden of its past into uncertain times.