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Olya Morvan

Donner naissance a Eastleigh

Giving birth in Eastleigh

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Eastleigh est un quartier populaire de Nairobi, ou 95% des habitants sont Somaliens.Neuf femmes sur dix de la communauté somalienne ont subi une MGF. La mutilation en elle-même est un acte dangereux mais beaucoup de femmes ne se rendent complètement compte des conséquences que lorsqu'elles accouchent.
Selon une étude publiée en 2016 par l'OMS, le degré de complication augmente avec l'étendue et la gravité de la mutilation.  Les femmes qui ont subi un MGF de type 3 ont 70% de chance d'avoir une hémorragie post-partum. L'étude montre aussi que les enfants encourent plus de risques si leur mère a eu une MGF. Le taux de mortalité infantile pendant la naissance et juste après est aussi beaucoup plus importante avec les mères qui on subit une MGF : 15% plus important avec les MGF de type I, 32% plus important avec les MGF de type II et 55% plus important avec les MGF de type III.
« Si vous les invitez à parler de mutilation génitale féminine (MGF), personne ne viendra.  Si vous leur dites que les soins sont gratuits, elles se déplaceront et les docteurs pourront aborder le sujet » explique George Otieno. Ce docteur de trente ans qui travaille depuis deux ans à la clinique d'Eastleigh à Nairobi voit entre 50 et 150 patients par jour.
A Eastleigh, banlieue populaire de Nairobi où résident  principalement des immigrants Somaliens, neuf femmes sur dix ont été excisées mais l'origine kényanne du Dr. Otiena complique son rapport avec ses patientes et il n'est pas facile pour lui de gagner leur confiance. « Elles ne parlent pas de leurs problèmes parce qu'elles ont honte, principalement à cause de la manière dont la société les perçoit » précise-t-il. George doit reprendre son travail. Le couloir devant son bureau est rempli de femmes silencieuses vêtues de noir.  Lorsque je passe devant elles, elles détournent le regard.
Je rencontre Lulu, militante locale et mère de onze enfants qui n'a aucune gêne à parler  de ces problèmes : « Le seul mot qui me viennent à l'esprit c'est  la « terreur ». Pourquoi disent-ils que tirer sur des gens c'est du terrorisme ? L'excision, c'est du terrorisme. Les cris te hantent toute la vie ».
Lulu prêche contre la MGF dans sa communauté.  Sa porte est toujours ouverte à ceux qui ont besoin d'aide.  Comme ils sont souvent discriminés, les Somaliens ne vont pas parler à la police kenyane et ils préfèrent aller chercher de l'aide auprès du Manguda, le conseil des anciens, ou à des gens comme Lulu.Parmi les femmes auxquelles Lulu apporte aujourd'hui son soutien, il y a Fahia, une mère de deux enfants âgée de vingt-deux enfants qui subit quotidiennement des violences conjugales. « Il me dit que, parce que j'ai été excisée, je ne suis pas assez douce. Je l'aime mais il préfère les femmes plus jeunes qui n'ont pas été coupées » dit-elle en sanglotant dans le petit bureau de Lulu. A cause de la mutilation, les relations sexuelles sont très douloureuses et ressemblent plus à de la torture, ce qui provoque d'autant plus la colère de son mari. Ce n'est pas la première fois qu'elle vient après avoir été battue, seulement cette fois elle est déterminée à le quitter. Finalement, quelques heures plus tard et au grand soulagement de Fahia, son mari sera convoqué par les anciens et devra s'engager par écrit à ne plus battre sa femme et à s'occuper de sa famille.
A Eastleigh, les conférences et les manifestations contre la pratique de la mutilation génitale féminines illégales depuis 2011 au Kenya,  sont fréquemment organisées.  De retour dans le bureau de Lulu, je rencontre Sumea, neuf ans.  Elle me raconte que la femme qui l'a mutilée a participé à ce genre de rassemblement.  Ce jour-là, sa propre mère et sa soeur ainée ont du la tenir pour l'empêcher de bouger. « La communauté ne veut pas aider. Ce n'est pas comme s'ils étaient prêts à mettre fin à cette pratique. Ils disent que cela fait partie de leurs traditions. Je pense que la santé n'a pas de frontière, la santé n'a pas de religion » me dit Lulu, sa plus jeune fille dans les bras.
Les femmes et les jeunes filles n'arrêtent pas de frapper à la porte du bureau de Lulu. Les histoires d'excision ne cessent de répéter, presque à l'identique : une jeune fille, de moins de douze ans  est amenée au village, les vieilles femmes se rassemblent, deux ou trois maintiennent la jeune fille au sol, l'une d'elle, parfois même leur propre grand-mère, procède à l'excision. Une douleur  atroce envahit leur corps. La jeune fille ne doit pas crier pour montrer à quel point elle est forte.  Elle est laissée seule à saigner devant une fenêtre pour que la plaie sèche. La fille n'est pas autorisée à sortir. Ces pieds sont attachés pendant des semaines  pour qu'elle ne s'échappe pas. Un mois plus tard elle pourra peut-être marcher et même retourner a l'école. La jeune fille ne comprend pas ce qui lui est arrivé, elle ne réalise pas qu'elle a été mutilée et elle ne connait pas les conséquences.
Maryam, cinquante ans, raconte le moment où elle a réalisé que quelque chose n'allait pas : « Il n'y a pas eu de lune de miel. J'ai été hospitalisée à cause d'une hémorragie après la première pénétration. Même mon maris avait des bleus sur son pénis » rigole-t-elle. La deuxième fille de Maryam est presque morte pendant l'accouchement  à cause de complications liées à la MGF. « Le sang coulait comme d'un robinet. Elle ne doit pas avoir un autre enfant ou ça  lui sera fatal » raconte Maryam. L'excision est un acte dangereux et beaucoup de femmes ne se prennent conscience des conséquences que lorsqu'elles donnent naissance pour la première fois.
Selon une étude publiée en 2006 par l'Organisation Mondiale de la Santé, le dégrée de complication augmentent avec l'étendue et la gravité de la mutilation.  Les femmes qui ont subi une MGF de type 3 ont 70% de chance d'avoir une hémorragie post-partum. L'étude montre aussi  que les enfants encourent un plus gros risque de mortalité si leur mère a été excisée. « La majorité des femmes qui ont subi une MGF souffrent d'infections et de complications telles que des fistules [NDLR formation anormale d'une connexion entre deux organes internes]  vesico-vaginales ou bien recto-vaginales.  Durant l'accouchement il faut souvent  faire une épisiotomie, sinon il risquerait d'y avoir des déchirements et des saignements importants.  Ensuite nous devons recoudre. Si l'ouverture du vagin a été partiellement ou complètement abimé, l'accouchement sera long parce que les muscles sont trop faibles. La femme doit pousser pendant longtemps et son bébé peut aussi avoir des problèmes. Nous ne pouvons pas faire grand-chose si ce n'est donner de l'oxygène et envoyer le bébé dans un hôpital mieux équipé » raconte Nancy qui est infirmière à la maternité d'Eastleigh. L'étude de l'OMS montre que le taux de mortalité infantile pendant la naissance et dans les moments qui suivent l'expulsion est beaucoup plus importante chez les mères excisées: 15% plus important lorsqu'elles ont subi une MGF de type 1, 32% plus important lorsque la MGF est de type 2 et 55% plus important lorsqu'elle est de type 3.
La maternité d'Eastleigh est un établissement équipé d'installations basiques qui traite gratuitement. Les docteurs et infirmières accouchent entre 15 et 20 femmes par jour. Une ambulance est postée devant l'entrée, prête à transférer les patientes ou leur bébé vers un hôpital plus important en cas de complication.Aujourd'hui est une journée chargée mais l'ambulance n'a pas bougé. Nasra, vingt-huit ans, porte pour la première fois sa première fille sur elle. C'est son deuxième enfant. « Les MGF sont un vrai problème. Mon premier accouchement a été un cauchemar et c'était extrêmement douloureux. Pas de MGF pour ma fille » dit-elle en souriant. Sa meilleure amie Stralin fait les cent pas devant la salle d'accouchement. Elle va donner naissance à son sixième enfant.  Elle a 3 filles à la maison auxquelles elle veut aussi éviter la MGF.
Dans la salle d'accouchement George Minda Omariba, vingt-sept ans, l'infirmier de garde, est en train de recoudre  Hindia, trente-cinq ans, qui a eu des complications pendant son accouchement à cause de son excision. Une fois rentrée chez elle, elle a eu des saignements pendant une semaine. Finalement sa belle-mère l'a amenée à l'hôpital et assiste à l'intervention. « Regardez, l'incision est profonde, la prochaine fois qu'elle donne naissance on devra de nouveau couper et ensuite recoudre. Parfois les maris forcent leur femme et cassent les points de suture, provoquant des saignements » dit-il en montrant avec fierté sa dextérité pour recoudre. Hindia pleure en serrant la main de sa belle-mère.
En deux semaines, j'ai vu beaucoup de femme donner naissance, être coupée, être recousue... De nombreuses amies et membres de leur famille sont venues pour les encourager ou leur tenir la main. A chaque naissance, ils s'exclamaient « Mash'Allah » et « Alhamdulillah »... Au milieu de la dernière nuit passée à la clinique, une infirmière m'a réveillé pour m'inviter à assister à un dernier accouchement. A ma grande surprise, elle était seule. La douleur était terrible. A un moment, elle ne pouvait plus la supporter et attrapa mon bras. Elle le rapprocha de sa poitrine et me serra très fort. Une minute plus tard le bébé était né. L'ambulance resta sur le parking, Alhamdulillah.
Pas très loin de la maternité, je rencontre deux soeurs âgées de dix et six ans, Malyun et Mamyane, qui on subit un MGF il y a deux ans. Nous commandons des sodas à la terrasse d'un petit café.  Malyun se rappelle de leur visite au village avec leur mère et leur grand-mère. Elle se souvient de leur excitation lorsqu'elles mirent leurs nouvelles robes et allérent saluer les vielles du village. Plus tard, leurs robes furent déchirées et utilisées pour leur attacher les jambes.  Malyun ne comprend toujours pas ce qui lui est arrivé. « J'ai honte » ne cesse-t-elle de me répéter.
Mamyane, la plus jeune soeur, ne dit rien. Elle finit son Fanta et regarde les jeunes adolescentes qui s'amusent à la table d'à côté. Elle n'avait aucune envie de parler. Je n'avais aucune envie de lui dire ce qu'être une femme voulait dire, en particulier celles qui ont été excisées.
Nous sommes restées assises silencieusement à siroter nos sodas et à regarder le monde passer. 

"If you just tell them to come to learn about female genital mutilation, no one will come, but if you say you'll treat them for free, they'll come, and then the doctors can catch an opportunity to talk about FGM", smiles George Otieno, 30, the doctor at Eastleigh Health Center, Nairobi. George sees 150 patients on a busy day, 50 on a laid back day. He has been working in Eastleigh, a popular suburb inhabited mainly by Somali immigrants, for the last two years. Nine out of ten women from the local Somali community have undergone FGM. Being a male doctor of Kenyan origin treating women, it is not easy for George to gain the trust of locals. "The issues? They don't bring them out, because of the stigma, because of the way the society sees them. It's not easy to talk about the reproductive system here." George has to resume his duties. The corridor in front of his office is filled with silent women dressed in black. They look away as I pass.
I meet Lulu, a local activist and mother of 11. Lulu has no issues to talk about issues, especially when asked to talk about FGM: "One word: terror! Why do they say shooting is terrorism? FGM is terrorism. The screams follow you for life."  Lulu advocates against FGM in her community. Her door is always open to those seeking help. As they are often discriminated against, Somalis will not go to the Kenyan police and choose instead to ask Manguda, the council of elders or people like Lulu to deliver a judgment.  Today Lulu deals with Fahia, 22, a mother of two, who faces domestic violence on daily basis. Sobbing in Lulu's tiny office, Fahia describes how her husband is no longer interested in her because she has had FGM: "He says: "Because you did FGM, you are not sweet?" I love him, but he prefers a younger woman who hasn"t been cut." Due to FGM, sexual intercourse is very painful for Fahia, more like a torture. It makes her husband angry. It is not the first time she has come here after being beaten up. This time she is determined to leave her husband. By the end of the day her husband is summoned to the elders. He has to sign a paper stating he will not beat his wife and will provide for the family. Lulu is relieved.
FGM was outlawed in Kenya in 2011. Anti-FGM conferences and rallies are not uncommon in Eastleigh. Back in Lulu's office I meet Sumea, who is nine. She says that the woman who mutilated her participated in an anti-FGM rally. Her own mother and older sister held her down. "The community is not willing to assist. It is not like they are ready to stop the practice. They say it's their tradition. I say health has no boundaries, health has no religion," says Lulu, holding her youngest daughter tight in her lap.
The women and girls keep knocking at the door. With minor variations, the FGM stories are always the same: a girl, under 10 or 12 years old is brought to a village, the elderly women get together, two or three of them hold her down, and one of them, sometimes even her own grandmother, performs FGM. Excruciating pain swallows her body. To show how strong she is, she is not supposed to scream. After the procedure, she is left alone bleeding in front of the window to air dry her wounds. The girl is not allowed to go out. Her legs are tied with a rope for weeks, so she can't run away. One month later she may walk and even return to school.  The young girl does not understand what happened to her and she may not realize she has been genitally mutilated and what the consequences are.
Maryam, 50, talks about the moment she realized something was wrong: "There was no honeymoon; I was taken to the hospital with heavy bleeding after the first penetration. Even my husband got bruises on his penis", she chuckles. Maryam's second daughter nearly died while giving birth due to FGM complications: "The blood ran like from tap. She shouldn't have another child or she will die." While FGM is a dangerous practice itself, to many women the consequences are not fully known until giving birth.
According to a study published by the World Health Organization in 2006, the extent of the complications increases according to the severity of the FGM. There is a 70 per cent increase in the number of women who suffer from postpartum hemorrhage in those with FGM III, compared to those women without FGM. The research found out that babies are also at risk during childbirth if the mother has had FGM. "Most of the women with FGM suffer from infections and complications such as vesico-vaginal or recto-vaginal fistulae, an abnormal passage between two internal organs. "During the childbirth often we have to cut...an episiotomy, you know, otherwise a woman will suffer from extensive tearing and bleeding. Then we have to stitch it back. If the vaginal opening was partially or totally damaged, the labor will be long, because the muscles are reduced to nothing: the woman will push for a long time; the baby might become distressed. We can't do much, just give some oxygen and send the baby to the bigger hospital," says Nancy, 29, the nurse at the Eastleigh Maternity Clinic. The WHO studies showed that the death rate among babies during and immediately after birth is much higher for those born to mothers with FGM: 15% higher in those with FGM I, 32% higher in those with FGM II, and 55% higher in those with FGM III.
The Eastleigh Maternity Clinic is a free clinic with basic facilities. The doctors and nurses see 15 to 20 patients a day. An ambulance is parked behind the clinic, ready to transfer patients to a bigger hospital if needed. Today it is not needed despite being a busy day. Nasra, 24, holds her new born daughter for the first time. It's her second baby. "FGM is a problem. My first delivery was a nightmare, and it was really painful. No FGM for my daughter", she smiles. Her best friend Stralin, 28, paces around the maternity ward. She is about to give birth to her sixth child. She has three daughters at home, whom she is willing to spare from FGM as well. In the delivery room George Minda Omariba, 27, the nurse on duty, stitches Hindia, 35, who gave birth last week and had complications due to FGM. She has been bleeding at home for a week. Her mother-in-law brought her in and is assisting the procedure. "Look at this, the cut is deep, next time she gives birth we will have to cut her again, and then stitch again! Sometimes a husband would force himself on a wife ripping off the stitches, and she would bleed," he says while showing his stitching skills with pride. Hindia whimpers and grabs hands of her mother-in-law.
In two weeks I saw quite a few women giving birth, being recut, being stitched. A flock of female friends and relatives would be there to encourage them, to give them a hand to grab and to say "Masha Allah and Alhamdulillah" when the baby is born.  During my last night at the maternity clinic, a nurse shook my shoulder to wake me up saying there was a woman giving birth. To my surprise she was alone. The pain was agonizing. At one point she couldn't bear it anymore and she grabbed my hand. She pulled me close to her chest. And she squeezed me tight. In a minute the baby was born. The ambulance remained parked behind the clinic. Alhamdulillah.
Not far from the clinic I meet two sisters Malyun, 10, and Mamyane, 6, who underwent FGM when they were 8 and 4 years old respectively. We sit in a local café sipping sodas. Malyun recalls their trip to the village with their mother and grandmother. She remembers how excited they were to put on their new dresses, to greet the old ladies who came to visit... Later, her dress was torn and used to tie her legs. Malyun did not understand what happened to her. She keeps on saying: "I am ashamed." Mamyane, the younger sister, says nothing. She slurps her Fanta and watches teenage girls enjoying themselves at the next table. She has no wish to talk, and I have no wish to tell her what womanhood is like, especially when have undergone FGM. We sit quietly drinking our sodas and watching the world go by.
 
 
-             Type I (FGM 1) - excision of the prepuce, with or without excision of part or all of the clitoris;
-             Type II (FGM II) - excision of the clitoris with partial or total excision of the labia minora;
-             Type III (FGM III) - excision of part or all of the external genitalia and stitching/narrowing of the vaginal opening (infibulation)