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Sabrina Mariez

FRANCE _ AMOUR MATERNEL

FRANCE _ MOTHER LOVE / AMOUR MATERNEL

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La femme grosse d?un enfant à venir, son ventre resplendissant, les mains affectueuses collées sur ses rondeurs, nue souvent, offre l?image d?un bonheur infini. Ici, il n?en est pas question. Détresse et souffrance, non seulement d?un moment non désiré, mais simplement d?un rejet physique. Il n?est pas intéressant de savoir ce qui au juste crée ce rejet. Un désir d?expulsion, un renvoi au même titre qu?un greffon qui ne prend pas. La photographie se veut volontairement obscène, au sens propre, à dépeindre des femmes qui affichent leur détermination à ne pas accepter « le miracle de la nature ». On peut ne pas vouloir vivre l?expérience de la grossesse, c?est-à-dire, joyeusement accepter les nausées et les envies de fraises ! Il faut pour ces femmes face à l?objectif affronter la colère. Une colère retournée contre elles-mêmes, une confrontation aux fillettes qu?elles ont été, une culpabilité sans cesse ressassée, une liste sans fin de sentiments ambigus qui habite ces modèles abandonnés à leur solitude. Femmes abandonnées au regard de la photographie.
Chaque prise de vue se veut un épisode biographique et un révélateur du monde, une exhibition dans l?espace public qu?est l?image, dans ce lieu hors de la sphère privée. Rien ne nous dit, si ce n?est que par quelques mots échangés, les raisons de ce refus. A l?origine, des rencontres, du plaisir, des situations que l?on souhaite dissocier des conséquences biologiques et sociales accablantes.
Rendre compte par des images de ce lien organique entre dégoût, révolte et échec. Inventer une photographie hormonale à même de susciter une vision amère et désabusée. Rien n?est gai et tout est sombre à cet instant pour ces femmes projetées vers un monde inconnu, celui d?un dialogue interdit. Il faut regarder ces femmes assumer ou ne pas assumer le désir d?enfant, avec ou sans culpabilité.

The fat woman of an unborn child, her resplendent belly, her affectionate hands stuck on her curves, often naked, offers the image of infinite happiness. Here, it is out of the question. Distress and suffering, not only of an unwanted moment, but simply of physical rejection. It is not interesting to know what exactly creates this rejection. A desire for expulsion, a dismissal like a graft that does not take. Photography is deliberately obscene, in the literal sense of the word, to depict women who show their determination not to accept "the miracle of nature". One may not want to live the experience of pregnancy, i.e., happily accept nausea and strawberry cravings! For these women, facing the goal means facing anger. An anger turned against themselves, a confrontation with the little girls they have been, an endless list of ambiguous feelings that inhabits these models abandoned to their solitude. Abandoned women with regard to photography.
Each shot is meant to be a biographical episode and a revelation of the world, an exhibition in the public space that is the image, in that place outside the private sphere. Nothing tells us, except by a few words exchanged, the reasons for this refusal. Originally, encounters, pleasure, situations that we wish to dissociate from the overwhelming biological and social consequences.
To give an account through images of this organic link between disgust, revolt and failure. To invent a hormonal photograph capable of arousing a bitter and disillusioned vision. Nothing is cheerful and everything is dark at this moment for these women projected towards an unknown world, that of a forbidden dialogue. One must watch these women assume or not assume the desire for a child, with or without guilt.