1 / 15
slider mode (15)sheet mode (15)fullscreen mode (15)

 

Léna Maria

BLAST

→  commander un tirage papier

Du noir profond surgissent des fragments. L'explosion a laissé dans l'air des notes graves, suaves. Des formes émergent de l'ombre, telles des visions électrisantes ancrées dans un univers charbonneux. Entre elles, les images conversent, évoquant la rugosité de l'invisible.
« Blast », signifie en anglais « l'effet de souffle » d'une explosion. Ici, il s'agit de celle des sens. Autant de bruits et de grains, comme une incantation, une invocation au surgissement.

Ces images portent des noms empruntés au vocabulaire des sciences géographiques. La charge symbolique et poétique de ces mots résonne comme un rappel du lien sacré à la terre. Il y a quelque chose d'abrupt, de rêche dans ces sonorités : « Horst - Karst - Loess - Esker... » épousent ainsi l'âpre et le granuleux des photographies.

"Confrontée à Blast, ma pensée se perd dans cet univers proustien, monde dans lequel le souvenir ne fixe pas un bonheur ou un malheur vécu, mais le crée à l'instant présent.
Aussi, ma conscience divague dans la photographie pictorialiste d'un Edward Steichen ou d'un Alfred Stieglitz. Le noir et blanc, son grain et son flou, révèlent immanquablement la nostalgie d'un temps révolu, avec des visages et des corps qui n'appartiennent plus au temps présent.
Je pense à l'oeuvre de Marguerite Duras, à la voix de Jeanne Moreau, aux premiers films d'Alain Resnais.
Avec l'écriture de Léna Maria, je voyage dans la photographie japonaise. Je vois défiler les images d'Eiko Hosoe, de Daido Moriyama, de danse butoh et à l'état préhistorique : l'eau, la pierre, le ciel, le vent. Des éléments réduits à leur essence.
Je ressens le désastre de la guerre et de la folie humaine, de la vieillesse et de la mort qui rode mais aussi, la présence du corps de la femme, en mouvement, en vie.
Belle.
Dans Blast, il y a Hiroshima mais aussi, Mon amour.
"

Pascal Ferro, Commissaire d'exposition