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Benjamin Mengelle

Melilla: Les portes de l'Europe

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L'enclave Espagnole de Melilla est située sur la côte nord-ouest de l'Afrique. Elle se trouve dans le territoire marocain, duquel elle est séparée par une triple barrière frontalière de 7 mètres de haut et 12 km de long. Un ouvrage qui a coûté 33 millions d'euros. 
En quelques mois, Melilla est devenu l'un des chemins de migration clandestine les plus importants avec l'île de Lampedusa en Sicile. Chaque semaine, des milliers de migrants, pour la plupart subsahariens tentent de franchir cette barrière au péril de leur vie. Basés en repli dans des campements de fortunes sur les pentes du mont Gurugu au Maroc, ils attendent l'opportunité de pénétrer dans l'espace Schengen pour y effectuer une demande d'asile. Les autorités espagnoles, en étroite collaboration avec la police marocaine, sont totalement dépassées par ces vagues migratoires à répétition, en dépit des nombreux contrôles aux postes frontière et de la mise en place de caméras thermiques et de radars de surveillance. 
Face à l'immobilisme de l'union européenne, Melilla et Ceuta (seconde enclave espagnole en territoire marocain) risquent de s'enliser dans une situation qui pourrait tendre les relations entre les deux pays. Alors que plus de 4.300 personnes ont pénétré dans l'enclave espagnole en 2013, les ONG s'attendent à une augmentation de ce chiffre. Il n'est pas exclu que d'ici à la fin de l'année, plus de 7.000 personnes parviennent à franchir les barrières entre les deux continents. Dans le même temps les institutions de l'Union n'attribuent que trop peu de moyens aux pays qui sont confrontés à l'arrivée de ces migrants qui pour la plupart se retrouvent dans des conditions de vie déplorables.
Ce matin de mai 2014, vers 6h30, profitant de la brume matinale, plus de 500 migrants prennent d'assaut la barrière frontalière en deux endroits dans le but de diviser les forces de police. Seulement 140 réussiront à passer prés du poste-frontière de « Barrio Chino ». Les autres resteront prés de six heures perchés sur ces grillages avant d'être délogés par la guardia civil, dont les méthodes musclées sont largement dénoncées par les ONG. Tous seront renvoyés au Maroc. 
Pour ceux qui réussissent à passer, le CETI de Melilla (centre d'accueil temporaire pour les immigrés) constitue un « eldorado », mais surtout la première étape européenne vers la France  l'Angleterre ou l'Allemagne. Suite à la dernière vague migratoire, ils seraient environ 2.000 personnes, dont 40% de Syriens, dans un centre prévu pour 480, à attendre de voir leur demande d?asile étudiée et de pouvoir passer sur la péninsule. Face à cette surpopulation et au manque de moyens attribués par l'Union, le gouvernement de Melilla et les affaires sociales ont dû faire appel à l'armée pour trouver des lits supplémentaires. Ces milliers de migrants dorment entre vingt et trente par dortoir. Dans ces conditions difficiles, une grande partie d'entre eux passe toute la journée devant le centre dans un campement de fortune dans lequel ils se regroupent par origine pour s'isoler, se détendre et se reposer. La nuit tombée, ils démontent leurs abris, rentrent au centre, en attendant de les remonter le jour suivant.