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Valentine Zeler

Le fond de l'air est jaune

The air background is yellow

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En 2018, pour la commémoration de Mai 68 j'ai réalisé une série de diaporamas sonores.
Khaya, Martine et Francis m'ont raconté leurs souvenirs d'étudiants engagés et de syndicalistes : "On a fait la résistance que nos parents ont fait", "il y avait un vent de liberté", "tout était possible". Leurs récits, qui me paraissaient d'une d'autre époque, font aujourd'hui écho à la crise des Gilets Jaunes. Une question me parait aujourd'hui légitime :

Sommes-nous les héritiers de ce mouvement ?

Alors que la colère gronde en France et que les revendications émergent des quatre coins du pays, le rapprochement entre ces deux révoltes semble criant : Les gilets jaunes succèdent aux soixante-huitards.
Accoutumée des manifestations sur Paris que je photographie depuis plus de deux ans, j'ai observé chez les Gilets Jaunes un réel tournant dans le mode de protestation. Le ras-le-bol a prit une envergure nationale. Le nombre de manifestants et de forces de l'ordre a drastiquement augmenté. La diversité des profils, de même que l'étendue du mouvement me font penser que nous assistons à la mutation des revendications populaires. L'Arc De Triomphe voit défiler chaque samedi depuis un mois des milliers de personnes, panneaux tenus à bout du bras en scandant des slogans, la rage au ventre. Dans les rues, les murs sont tagués, les vitrines brisées, et les voitures retournées. Dans les villes et les villages, sur les autoroutes et devant les raffineries, à la télévision et autour de la table, les gilets jaunes ont investi le quotidien des français. C'est une majorité jusque là silencieuse qui aujourd'hui fait parler d'elle et alimente les débats. Personne ne peut nier l'ampleur du mouvement qui commence à s'exporter à l'international et devient la bête noire de nos politiques.
Dans les rues comme sur les plateaux télé, le nouveau Mai 68 est arrivé.


Cette série a débuté avec des images prises durant les manifestations des Gilets Jaunes en décembre et janvier. En noir et blanc, elles reprennent les fameux slogans de Mai 68 pour que la force des images actuelles rappellent la rage des slogans d'hier.

In 2018, for the commemoration of May 68 I made a series of sound slideshows.
Khaya, Martine and Francis told me about their memories of committed students and trade unionists:''We made the resistance that our parents made'', there was''a wind of freedom'',''anything was possible''. Their stories, which seemed to me to be from another era, now echo the Yellow Vests crisis. A question seems legitimate to me today:

Are we the heirs of this movement?

As anger grows in France and demands emerge from all over the country, the rapprochement between these two revolts seems glaring: The yellow vests followed the sixty-eight. 
Accustomed to the demonstrations in Paris that I have been photographing for more than two years, I have observed a real turning point in the mode of protest among the Yellow Vests. The boredom has taken on a national dimension. The number of demonstrators and police forces has increased drastically. The diversity of profiles, as well as the scope of the movement, make me think that we are witnessing a change in popular demands. Every Saturday for the past month, the Arc De Triomphe has seen thousands of people march past, panels held at arm's length chanting slogans, with rage in their stomachs. In the streets, the walls are tagged, the windows broken, and the cars returned. In cities and villages, on highways and in front of refineries, on television and around the table, yellow vests have taken over the daily lives of French people. It is a previously silent majority that is now making headlines and fuelling debates. No one can deny the scale of the movement that is beginning to be exported internationally and is becoming the pet peeve of our policies.
In the streets as well as on TV sets, the new May 68 has arrived. 


This series began with images taken during the Yellow Vests demonstrations in December and January. In black and white, they use the famous slogans of May 68 so that the strength of the current images reminds us of the rage of yesterday's slogans.