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Sabrina Mariez

JE EST UNE AUTRE

I IS SOMEBODY ELSE

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« Dans une pose, l'homme s'efface. Offrant à son corps la grâce qui lui est habituellement interdite. Ce maintien droit, parfois l'amorce d'une cambrure. Une façon de se tenir. Une jambe nue dévoilée. Une main posée sur la hanche. La nuque en arrière. Des couleurs sur le visage. Et ce regard, oscillant. Songeur, ici.  Là, vous fixant sans ciller. Entre l'ailleurs auquel on rêve - être partout sauf ici - et le défi - regardez-moi dans les yeux si vous osez. Avec cet écho que chacun attend de l'autre. « Suis-je la femme que vous imaginez ? » »

Depuis plusieurs années, je passe beaucoup de temps au sein de la communité trans et travestie parisienne toujours à la recherche d'inspiration et de la personne qui souhaitera poser pour moi.
Les personnes photographiées dans ce travail incarnent sans doute mieux que quiconque la phrase de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme : on le devient. » Point de deuxième sexe, ici, pourtant. Mais un entre-deux. Ou un troisième. Au choix. Frontières floues. Poreuses. Celles des identités qui se transforment. Il y a dans chacun de ces clichés des parcelles de rêve d'enfance - être une princesse, petit garçon - mêlées à la réalité prosaïque - les proches souvent tenus à l'écart de cette vie. Des paillettes et de l'ombre. Sous mon regard de photographe, cette ambivalence - du paraître, de l'identité sexuelle, du regard de l'autre ; qu'on craint ou qu'on provoque - se traduit par des nuances infimes. L'élément d'un décor. Un cadrage presque imperceptible. Une clarté fugitive dans les yeux du modèle.  
Les personnes que j'ai photographiées ne sont pas des femmes comme les autres. Forcément. Mais en sont-elles si différentes ?

He strikes a pose and the man disappears. He offers his own body an usually forbidden grace. He is standing right up, or sometimes displays the beginning of a curve. A way to hold himself. A naked leg uncovered. A hand on the ankle. Colors on his face. And that oscillating and meditative look, sometimes staring right at you, daydreaming - to be everywhere except here - or challenging : Look at me straight in the eye if you dare. Everyone is waiting for an echo. « Am I the woman you have in mind ? »
Sabrina Mariez's transvestites translate better than anyone Simone de Beauvoir's quote : « One is not born, but rather becomes, a woman. » Yet, there is no second sex here, but one in between, or even a third one. Make your selection. Frontiers are blurred. Identities morph. Small pieces of childhood dreams can be found in every  picture. To be a princess when you were a young boy...Those dreams mix with an harsh reality - relatives are often ruled out of this life. Glitter and shadow. In the eye of the photographer, the dreaded or provocative ambivalence of the looks, the sexual identity and the view of the beholder are expressed through tiny nuances : a piece of the setting. An almost invisible frame. A fugitive brightness in the model's eyes. These pictures tell us about the precarious balance of a fantasy living. 
Lachantal or Betty, David, Emma... Of course, transvestites in Sabrina Mariez's pictures are not common women. But are they so different ? These pictures are singular, but they also follow them in their everyday lives, somewhere between glamour and the disenchantment. No precautions have been taken to get close to them, no touting - Voyeurs will also be disappointed. The approach is sensitive and displays a real affection towards men who can be as much in love and, sometimes, as jealous as women can be. The being and the look embrace each other, one guiding the other. I is somebody else, tell Sabrina Mariez's pictures.