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Guillaume NĂ©dellec

Ă‚me bretonne - I

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Voici l'histoire qui me relie Ă  mes grands-parents, Alice et Albert, des gens de l'ordinaire, ceux dont on ne parle jamais, ni dans les journaux encore moins dans les magazines. Deux ĂŞtres qui ont su vivre, avancer, malgrĂ© les doutes et les Ă©preuves, jour après jour.
Evidemment, quand on marche sur les traces de son passĂ©, il y a toujours une prĂ©sence qui vous accompagne. Elle ne vous quitte pas, plus forte qu'un simple souvenir, malgrĂ© l'absence. Retourner en Bretagne, c'est revenir Ă  la source, celle d'une vie, lĂ  ou tout est tendre et encore permis, ce territoire oĂą n'existent encore ni blessure, pas mĂŞme une Ă©corchure.
Notre voyage a durĂ© une vingtaine d'annĂ©e avec mes grands-parents. Papi est parti le premier. Ca a Ă©tĂ© une dĂ©chirure sans nom pour moi. Il m'a fallu beaucoup de temps pour accepter et apaiser son absence. Trois ans plus tard, alors que je vivais en AmĂ©rique latine, ma grand-mère a dĂ©cidĂ© de s'arrĂŞter en chemin. Après avoir passĂ© plus de cinquante ans aux cĂ´tĂ©s de son Ă©poux, la vie Ă©tait devenue trop difficile, seule. Elle a mis fin Ă  ses jours. Je me rappelle très bien du vide qu'il y avait dans ses yeux pendant ces annĂ©es d'absence, la difficultĂ© Ă  lui dessiner un sourire, malgrĂ© tout l'amour que l'on se portait mutuellement. Ce n'Ă©tait pas suffisant. Et depuis, je n'ai plus de grands parents.
Mais j'ai eu une chance formidable : j'ai connu mes grands parents. J'ai la certitude que leur prĂ©sence m'a permis d'Ă©voluer d'une certaine façon. Certainement sans le vouloir, simplement par ce qu'ils Ă©taient, ils m'ont transmis un modèle de vie. Ils ont su me montrer qu'avec de la volontĂ©, les choses deviennent possibles. Je pense notamment Ă  mon grand-père et Ă  son chemin de vie tortueux : la guerre, l'alcoolisme, le tabagisme, la perte d'un oeil, un infarctus et j'en passe.
MalgrĂ© cela, jamais je ne l'ai entendu se plaindre. Jamais. Mamie nous disait toujours que notre grand-père Ă©tait dur au mal. Et derrière ses apparences d'homme Ă  qui on a appris Ă  ĂŞtre fort, il Ă©tait d'une tendresse incroyable. Quant Ă  mamie, je me souviens encore quand elle me faisait un bisou et que j'essuyais ma joue juste après. Ca nous faisait rire tous les 2. Elle a toujours Ă©tĂ© pour moi une Sainte Femme, pleine d'Amour et d'une gentillesse infinie. C'est simple, tout Ă©tait Ă©crit dans le bleu de ses yeux et dans son sourire. Ă€ eux deux, ils m'ont offert des trĂ©sors de vie inestimables : la simplicitĂ©, apprendre Ă  s'Ă©couter et ĂŞtre le plus juste possible, savoir se dĂ©passer dans la vie car rien n'est jamais donnĂ© et ne pas craindre le temps qui passe car il joue toujours en notre faveur.
Aujourd'hui, quand tour Ă  tour je regarde maman, tonton JoĂ«l et tata Chantal, je vois ma grand-mère, mon grandpère et l'un et l'autre rĂ©unis, et pour tout dire, ça fait du bien.
Alors ces quelques images de Bretagne sont Ă©videmment un prĂ©texte pour parler d'eux. Et afin d'Ă©viter toute paraphrase, voici ce pont, qui relie les souvenirs au moment prĂ©sent, l'enfance au monde adulte, l'amour d'un petit garçon Ă  ses eternels grands-parents.