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Fernanda Peruzzo

L'homme-pigeon est un anarchiste

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Giuseppe Belvedere est un habitant bien connu de Paris. Presque une attraction de la ville, on peut dire en ce qui concerne le nombre de photos prises de lui et affichées sur les réseaux sociaux. Sa célébrité vient du fait que Giuseppe nourrit les oiseaux. Rien d'inhabituel, donnez du pain aux oiseaux, bien sûr. Sauf que il le fait pour des raisons, disons, spéciales : cet acte ordinaire est une question politique.

Jusqu'à quatre fois par jour, il se rend sur la place devant l'Atelier Brancusi, dans le quartier Beaubourg, et jette environ 5 kilos de céréales aux pigeons et une ration de brioches aux moineaux, pour le plus grand plaisir des touristes et photographes qui enregistrent tout. Parfois, et assez souvent, il crie sur ceux qui font peur aux oiseaux. Un comportement qui le fait passer pour un fou. Mais Giuseppe peut être tout sauf un fou. Son compromis avec les oiseaux vient d'un point de vue politique anarchiste plus que d'un amour inconditionnel pour les animaux ou d'une sorte d'idéal écologique, comme il me l'a expliqué un jour.

Né en Calabre et émigré en France il y a 40 ans, Giuseppe me dit qu'il travaillait comme comptable, payait ses impôts et menait une vie normale jusqu'au jour où il a vu une manifestation devant sa maison. Un groupe de personnes qui dénonçaient un programme d'extermination des oiseaux de la ville. "Parce que les pigeons n'ont jamais représenté un problème pour moi, aucun référendum n'a jamais été fait sur ce sujet, j'ai décidé de rejoindre ce groupe". Quelques jours plus tard, il était chargé de nourrir les oiseaux. Bientôt, il accumule une pile d'amendes et de lettres de l'administration municipale disant que son activité était illégale. A cette époque, il vivait dans un appartement social. Mais un immigré italien à la retraite qui profitait d'un service public, qui ne payait pas ses dettes auprès de la municipalité et qui jetait des grains sur l'espace public était quelque chose de trop insupportable pour l'administration. Un jour, il a été expulsé. N'ayant nulle part où vivre, il a commencé à dormir dans une camionnette. Une voiture blanche où il vit encore aujourd'hui.

Par entêtement, vengeance ou provocation, ou peut-être tous ensemble, il a pris cette expulsion comme une déclaration de guerre. Au lieu de s'arrêter, il a décidé de consacrer ses journées aux oiseaux. Presque tout son revenu de retraite est dépensé en céréales et en médicaments pour les guérir. "Je le fais parce que je crois vraiment en la liberté des hommes. Les politiciens ne peuvent pas simplement décider ce que les gens doivent vivre et comment ils doivent le faire. Ils devraient écouter nos besoins, nos revendications et y répondre". Mais tout le monde ne sait pas quel est sa vraie motivation. Et le prix qu'il en paie est élevé. Sa camionnette blanche est constamment vandalisée et lui-même est régulièrement victime d'abus physiques.

Giuseppe Belvedere is a quite known inhabitant of Paris. Almost a city attraction, one can say regarding the number of pictures taken of him and posted on social networks. His celebrity comes from the fact that Giuseppe feeds the birds. Nothing unusual, give bread to the birds, sure. But he does it in a special way. Because he turned this ordinary act into a political issue.

Up to four times a day, he goes to the square in front of the Atelier Brancusi, at the Beaubourg neighbourhood, and throw around 5 kilos of cereals to the pigeons plus a ration of brioches to the sparrows, for the delight of tourists and photographers who register everything. Sometimes, and quite often, he shouts at those who scared the birds. A behaviour that makes him look like a crazy fellow. But Giuseppe can be anything but a crazy guy. His compromise with the birds comes from an anarchist political point of view more than from an unconditional love for the animals or some sort of ecological ideal, as himself explained me once.

Born in Calabria and emigrated to France 40 years ago, Giuseppe worked as an accountant, paid his taxes and lived a normal life until the day he saw a demonstration in front of his house. A group of people who were denouncing an extermination program of the city birds. "Because the pigeons never represented a problem to me, none referendum was never made on that subject, I decided to join this group", he said. A few days later he was in charge of feeding the birds. Soon, he accumulates a pile of fines and letters from the city administration saying that his activity was illegal. At that time, he used to lived in a social flat. But a retired italian immigrant who was taking profit of a public service, who didn't paid his debts with the municipality and who kept throwing grains on public space was something too unbearable for the administration. So one day he was evicted. With no place to live, he started sleeping on van. A white car where he lives until today.

By stubbornness, vengeance or provocation, or maybe all together, he took this eviction as a war declaration. Instead of stop, he decided to dedicate his days to the birds. Almost all his retirement income is expended on grains and medications to heal them. "I do it because I truly believe on men freedom. Politicians cannot simply decide what and how people must live. They should listened our needs, our claims and respond to that".

But not everyone knows this is his real motivation. And the price he paid for it is high. His white van is constantly vandalised and himself is regularly victim of physical abuse.