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Fabien Dupoux

Les oubliés de la mondialisation

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Les oubliés de la mondialisation "Si la technologie de la communication est de plus en plus développée, pourquoi sommes-nous chaque jour, plus sourd et plus muet ?" Sens dessus dessous. L'école du monde à l'envers (1998) de Eduardo Hughes Galeano
Alors que la chine annonce son projet de « nouvelle route de la soie » à l?échéance de 2049, que les échanges commerciaux vont de plus en plus vite et que les transactions financières  sont devenues colossales, il est devenu nécessaire de se poser la question de savoir si tous les travailleurs bénéficient des trafics commerciaux auxquels, bien souvent, ils participent.
Des ouvriers du charbon Indiens, aux forçats des fourneaux d'une sidérurgie mexicaine, en passant par les manoeuvres du recyclage de l'acier aux philippines, je suis parti à la rencontre des hommes, suivant le parcours des marchandises.
                  
Du chantier naval, de Marseille à celui de Cebu, la besogne semble identique. C'est avec le même acier que l'on sépuise à réparer les coques des supertankers.
Dans le même temps à Alang en Inde les travailleurs démantèlent, dans des conditions de précarité inimaginable, les bateaux du bout du monde afin d'en récupérer le précieux métal.
180 millions de tonnes de déchets sont exportées dans le monde pour une valeur de 86 milliards de dollars. Les ferrailles constituent l'essentiel des exportations (87 millions de tonnes) et servent en particulier dans l?industrie sidérurgique.

À l?instar des travailleurs de l?acier, les pêcheurs de calamars mexicains, qui se droguent pour supporter les cadences imposées par l?Espagne et la Corée, travaillent dans des conditions absolument indignes.
Ouvriers, travailleurs clandestins et « freelancers » esclaves des quotas, dans le mécanisme de mondialisation de la société, nombreux sont les laissés-pour-compte.
Dans les mines abandonnées par les conquistadors à Potosi en Bolivie, la nécessité du marché en minerai (Zinc) impose sa loi impitoyable. Plus de deux siècles après l'abolition de l'esclavage, des centaines de personnes meurent chaque année dans le « cerro de la plata ».
Sur les monts qui dominent la vallée Tungabhadra, en Inde, on casse du granit pour en faire des colonnes de pierre vendue moins chère que le béton.
En Indonésie, on remonte le soufre du cratère du volcan Ijen à « dos d?hommes », afin de l?exporter et l'utiliser pour la fabrication des allumettes.
À une époque où l'ambition de l'ONU n'est plus le développement, mais la lutte contre la pauvreté, où le concept d'exclusion remplace peu à peu celui d?exploitation de classe, les exemples de marginalisation ouvrière sont nombreux.
Sur les montagnes d'ordures de la plus grande décharge du monde, à Jakarta, les travailleurs extraient le plastique des déchets en décomposition. Au Vietnam, c'est dans les mêmes fumées toxiques que l'on s'affaire pour le recycler.
Au même instant, l'industrie du recyclage génère sur la planète un volume d'affaires de plus de 160 milliards de dollars.

Comme suspendu dans le temps, figé depuis la révolution industrielle, la cruelle réalité des oubliés de la mondialisation, véritable antichambre de notre société « moderne », est commune à chaque ville du monde, identique, atemporelle et invisible.