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Dragan Lekic

Guca, le festival des trompettes

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Créé en 1961, le festival de Guca (Serbie) donne lieu au plus grand rassemblement d'orchestres du pays. Cela fait plus de 40 ans que les Gyps brass band, ces fanfares tziganes en délire, viennent rivaliser de concert sur ce site à l'acoustique naturelle prédestinée, qu'est la vallée de Guca.
Le but : élire la «Meilleure trompette» et le «Meilleur Orchestre». C'est le Woodstock des Balkans, le dernier grand rassemblement digne de ce nom. 

Ici, c'est le seul endroit dans tous les Balkans où l'on peut voir autant de fanfares roms jouer si longtemps. Jour et nuit, la musique se déverse à flots dans le village, jusqu'aux campements alentours. Aux terrasses des cafés et sous les tentes des restaurants, des broches où rôtissent cochons et agneaux, les cuivres se font solennels et bouleversants avant de se déchaîner avec virtuosité dans un cocek (tchotchek) frénétique, danse traditionnelle rom. 
C'est là aussi qu'ont été reconnus les maîtres incontestés des trompettes, de renommée internationale, tels que Fejat Sejdic ou Boban Markovic Orkestar qui furent ensuite connus par les films d'Emir Kusturiça. 

C'est ainsi que le village de Guca, situé à 175 km de Belgrade, 1500 habitants, accueille chaque mois d'août, le plus gros rassemblement de fanfares d'Europe. Durant quatre jours, près de 350 000 spectateurs viennent faire la fête et écouter une cinquantaine de fanfares. Dans les restaurants, sur les terrasses, ils seront parfois vingt ou trente musiciens à jouer à quelques tables d'intervalle, des trompettes vibrent comme un essaim de bourdons, puis lâchent toute leur puissance de cuivre. S'ils jouent plus fort que l'orchestre voisin, les musiciens gagneront plus d'argent. Quand le cuivre des instruments brille, c'est que la formation fait partie de la sélection finale et s'entraîne en public pour le dernier jour.
On croise aussi des orchestres sauvages « hors concours», dont la majorité sont constitués par des roms originaires du sud de la Serbie. «Ils viennent ici pour gagner un peu d'argent, explique Marjan Becirovic, chef d'un orchestre rom, qui a fait 400 kilomètres avec ses onze musiciens. Mais c'est surtout pour l'ambiance et pour retrouver les amis».