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Bernard Demenge

Le genre idéal

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Au début il y a l'amour des images, de toutes ces images imprimées que je collecte dans les catalogues, magazines, documents de vulgarisation scientifique, livres pour la jeunesse, guides touristiques, encyclopédies médicales. Ces images des années 60, 70, ces photographies imprimées aux couleurs démodées, au charme désuet, ces images qui avec le recul trahissent les particularités, les mentalités, pas toujours flatteuses d'une époque. Ensuite, ces images deviennent une matière première, scannée et classée, une base de données pour collages numériques. Je n'ai pas d'idées précises ni d'intentions préconçues quand je commence un collage. Il faut simplement que je sois dans un certain état d'esprit, de mauvais esprit bien entendu. C'est nécessaire à la réalisation de ces combinaisons et de ces détournements. Il y a un gros travail de recherche, de tri, de mémorisation, pour trouver les rencontres, les télescopages qui vont produire une alchimie absurde. Le respect de la facture réaliste de la photographie et de la perspective héritée de la Renaissance donne de la force aux situations burlesques. Cette série rassemble des collages qui parlent de l'image de la femme, de l'image de l'homme, du couple, des couples, du genre, des genres, quels genres de genres ? Je souhaite présenter une sorte de point de vue masculin dénué de machisme. Cet ensemble serait comme une contribution absurde au débat polémique sur le genre. Un pied de nez face aux idées nauséabondes à peine relookées exprimées ces derniers temps, notamment par des personnalités d'extrême droite en mal de notoriété et de pouvoir. Avec ces collages je me tiens à distance des discours péremptoires et intolérants. Je joue avec les clichés, avec les stéréotypes, avec l'humour frelaté inspiré par la misogynie. Je joue avec l'humour pas drôle des dessins humoristiques des magazines d'antan. Je joue avec l'esthétique des vieilles couvertures de romans de gare. Je ne suis pas sérieux, mais je travaille sérieusement à la construction de ces images idiotes, d'un mauvais goût pince-sans-rire, sous la double influence de Guy Peelleart et d'Angelo Di Marco.

Bernard Demenge - 2011