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Aude Osnowycz

Abkhazia, the soviet riviera

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Selon la légende, «après la création du monde, Dieu convoqua tous les peuples afin de remettre à chacun un territoire. Les Abkhazes, connus pour leur grande hospitalité, recevaient des invités et ne purent se présenter à l'heure. Quand ils arrivèrent au cénacle, toutes les terres avaient été partagées. Toutes sauf une, la plus belle, que Dieu s'était réservée mais qu'il décida, aux vues des circonstances, d'offrir aux Abkhazes».
Perle de la mer Noire, comme on l?appelle,  l?Abkhazie, ce petit bout de terre situé au Nord-Ouest de la Géorgie est un véritable Eden avec ses collines bordées de vignes et de figues et ses avenues côtières où se promènent nonchalamment les vacanciers e dominés au loin par les monts neigeux du Caucase. Pourtant ce paradis n?a cessé de susciter les conflits et est irrémédiablement marqué par le sceau de la violence.
En effet, cette petite république du Caucase d'à peine 250 000 habitants, coincée entre la Géorgie et la Russie, a fait sécession en 1992 au prix d'une guerre acharnée contre les forces géorgiennes, entrainant la mort de dizaines de milliers de personnes et poussant à l?exil plus de 200 000 personnes en majorité géorgiens. Sous l?Union soviétique déjà, la République soviétique d?Abkhazie avait été incorporée à l?espace géorgien et Staline y imposera une politique de géorgisation qui laissera des traces. À la mort de celui-ci, une politique pro-abkhaze est menée par Moscou mais à l?indépendance en  1992 la Géorgie déclare vouloir incorporer la riche petite Abkhazie qui possède des ports, une agriculture variée mais aussi du pétrole, les habitants prennent peur à l?idée d?une nouvelle géorgisation de la région. Une guerre éclate dans laquelle la Russie voulant garder un ?il sur cette partie de la mer noir jouera un rôle certain.
Vingt après les stigmates demeurent, immeubles criblés de balles ou frappés par les bombardements, villas en ruine, datchas aux fenêtres crevées et autres palais abandonnés, ici, tous ou presque ont perdu au moins un membre de leur famille pendant la guerre. Chaque année au moment des festivités autour de l?indépendance du pays, une colonne de femmes abkhazes endeuillées porte les portraits de leurs proches morts pendant la guerre, on l?appelle la colonne fantôme.
Or l'Abkhazie est toujours considérée comme un territoire géorgien. Seule la Russie a reconnue l?indépendance abkhaze et de fait, elle est aujourd?hui omniprésente sur le territoire  à travers le déploiement de soldats aux frontières et la prise en main d'une base militaire au sud du pays, dans le financement par le Kremlin de la réhabilitation d'infrastructures. Une aide parfois oppressante car les Abkhazes chérissent farouchement leur indépendance si durement acquise. Car Ici, on parle russe au détriment de l?abkhaze peu prisé par les jeunes générations. La monnaie utilisée est le rouble et Moscou a pourvu la totalité des habitants d?Abkhazie de passeports russes, une nationalité de substitution qui leur permet de voyage librement  en Russie mais aussi de voter.
Du temps de l'Union soviétique, l'Abkhazie, avec son climat tropical et sa nature luxuriante, a longtemps été une destination balnéaire prisée de l'élite soviétique. Même Staline y avait fait construire sa « datcha ».
Aujourd'hui c'est la classe moyenne, à 95% russe, qui fait vivre le tourisme, l'endroit a perdu de son superbe mais il émane toujours une douce mélancolie, le climat d'un temps révolu à l'image de ces sanatoriums soviétique splendides bien que défraichis et ses villas jadis luxueuses qui tombent en ruine faute de réparations.
Derrière le décor de carte postale, c?est un véritable délitement économique et social qui s?opère. La marché noir, les trafics et la corruption gangrènent le pays, les habitant peinent à survivre. Avec la Russie, qui représente 60 % des échanges économiques, la Turquie, via la diaspora, est aujourd?hui le principal partenaire économique de la République, à hauteur de 30 %  mais cela ne suffit pas à faire rentrer assez d?argent dans les caisses. A titre d?exemple, la banque nationale d?Abkhazie ne possède en réserve que 6 millions de dollars.
Pourtant, l'Abkhazie reste un pion stratégique dans le jeu qui oppose la Russie aux puissances occidentales. Comme la Transnistrie , la Biélorussie ou encore l'Ukraine, l'Abkhazie fait partie de ce que l'on appelle communément l'« étranger proche », ces territoire limitrophes de la Russie sur lesquels cette dernière ne tolèrent aucune influence étrangère, une sorte de zone de confort, de tampon entre la Russie et ses voisins, une zone que Poutine souhaite conserver et étendre à l'instar des récents évènements qui ont secoué l'Ukraine.
Paradis déchu, hanté par la guerre, déchiré entre deux pays, l?Abkhazie continue à croire à des lendemains meilleurs et tente surtout de préserver son identité malgré la tutelle de plus en plus oppressante du Kremlin.

//          According to the legend, "after the creation of the world, God summoned all peoples to give each one a territory. The Abkhaz, known for their great hospitality, received guests and could not come on time. When they arrived at the Cenacle, all the lands had been divided. All but one, the most beautiful, which God had reserved but which he decided, in the light of circumstances, to offer to the Abkhaz ".
Pearl of the Black Sea, as it is called, Abkhazia, this small piece of land located in North-West Georgia is a real Eden with its hills lined with vineyards and figs and coastal avenues where walk nonchalantly holidaymakers,  dominated by the snowy mountains of the Caucasus. Yet this paradise has not stopped provoking conflicts and is irreparably marked by the seal of violence.
Indeed, this small Caucasian republic of  250 000 inhabitants, wedged between Georgia and Russia, seceded in 1992 at the price of a fierce war against the Georgian forces, resulting in the deaths of tens of thousands of people and forcing more than 200,000 people mostly Georgian into exile. Already under the Soviet Union, the Soviet Republic of Abkhazia had been incorporated into the Georgian space and Stalin has  impose a georgization policy that leaved traces. At the death of this one, a pro-Abkhaz policy is led by Moscow but at the independence in 1992 Georgia declared to incorporate the rich little Abkhazia which has ports, a varied agriculture but also oil, the inhabitants took  fright to the idea of ??a new georgisation of the region and a war breaks out parly supported by Russia who wanted  to keep an eye on this part of the black sea where she wanted to play a role.
Twenty years  after,  the stigmata remains, buildings riddled with bullets or struck by bombing, ruined villas, dies with sunken windows and other abandoned palaces. Here, almost everyone have lost at least one member of their family during the war. Every year at the time of the festivities around the independence of the country, a column of Abkhaz women bereaved bears portraits of their dead relatives during the war, it is called the ghost column.
In the time of the Soviet Union, Abkhazia, with its tropical climate and lush nature, has long been a popular seaside destination for the Soviet elite. Even Stalin had built his "dacha" there.
Today it is the middle class, 95% Russian, that makes live tourism, the place has lost its superb but it still emanates a sweet melancholy, the climate of a bygone time like  these splendid Soviet sanatoria allthough faded  and this  luxurious villas that fall into ruin for lack of repairs.
Behind the postcard decor, it is a real economic and social disintegration that takes place. The black market, trafficking and corruption plague the country, the inhabitants struggle to survive. For example, the national bank of Abkhazia has only $ 6 million in reserve.
However, Abkhazia remains a strategic pawn in the game between Russia and the Western powers. Like Transnistria, Belarus  or Ukraine, Abkhazia is part of what is commonly known as the "near abroad", the territory bordering Russia on which Moscow doesn?t  tolerates any foreign influence, a kind a zone of comfort, a buffer between Russia and its neighbors, an area that Putin wants to keep and expand as recent events have shaken Ukraine.
Fallen paradise, haunted by war, torn between two countries, Abkhazia continues to believe in a better tomorrow and tries above all to preserve its identity despite the increasingly oppressive tutelage of the Kremlin.