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Aude Osnowycz

Mayotte, portraits d'un exode

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Mayotte, département français perdu au milieu de l'Océan indien, est situé 70 km des Comores, l'un des pays les plus pauvres du monde. Chaque année, des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants tentent la traversée dans de petites embarcations de pêche bondées, une traversée qui dure 12h et durant laquelle ils risqueront leur vie dans l'espoir d'un avenir.
En effet, Mayotte et son célèbre lagon ceinturé d'eaux turquoise est devenu l'un des plus grands cimetières marin du monde (plusieurs milliers de morts par an). Dans l'indifférence générale. En septembre 2015, la photo du petit Aylan faisait le tour du monde. En novembre, les trois petites filles âgées de 3 à 6 ans retrouvées sans vie sur la plage de Petite Terre, la plus touristique de l'île, n'ont pas suscité la moindre indignation. Aucune photo, à peine un entrefilet dans les journaux nationaux.
Mayotte est l'une des quatre îles de l'archipel des Comores, la seule de cette ancienne colonie à avoir choisi de rester française lors de l'indépendance en 1974. Au fil des ans, le fossé s'est creusé entre les Comores et Mayotte qui affiche un PIB certes moins élevé qu'en métropole mais au moins huit fois supérieur au reste de l'archipel.
Le département français est devenu un eldorado pour les Comoriens dont les pays s'enlise dans les crises politiques à répétition, la corruption généralisée, et une paupérisation croissante.
Fuyant la misère, ils viennent ici chercher l'essentiel pour eux et leurs enfants : des soins médicaux, du travail et un accès à l'école pour les enfants.
Mais une fois arrivés sur place c'est l'enfer qu'ils trouveront, Mayotte est un immense bidonville à ciel ouvert où les migrants s'entassent dans des cases de tôle dignes des pires bidonvilles africains.
Face à l'ampleur du phénomène les autorités françaises ont mis les moyens ; avec 20 000 expulsions par an, Mayotte représente le total des reconduites à la frontière pour l'ensemble du territoire métropolitain. Une véritable chasse aux clandestins dont les effets sont quasi nuls car la plupart reviendront quelques mois à peine après leur expulsion.
Cette série de portraits a pour but de « donner un visage » à ces milliers de migrants comoriens qui souffrent en silence loin des feux des médias. Dignes, ils fixent l'objectif, un regard empli de souffrance mais aussi d'espoir.